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Scoop à Balocco

13. Mar 2026 
par Pierre Van Vliet
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Quand je couvrais le championnat d’Europe de Formule 2 pour AUTOhebdo, je collaborais souvent avec Bernard Asset, jeune photographe de la rue de Lille. Nous étions ainsi partis pour la tournée italienne au printemps 1978 au Mugello puis à Vallelunga. En route, nous nous étions arrêtés dans la banlieue de Brescia où le petit village de Roncadelle abritait, au fond d’une impasse en terre battue, la modeste demeure de la famille Giacomelli.

Le père, communiste bon teint et syndicaliste à la retraite, et la « mamma » qui tenait la maison dans laquelle on entrait directement par la cuisine. Sur le frigidaire trônait un vieux téléphone en bakélite qui servait essentiellement à Bruno, le fils unique, pour gérer sa carrière et organiser son agenda. C’était longtemps avant les portables, internet et le GPS… Sur la porte du frigo, une série de « post-it » avec des numéros à rappeler et les noms d’interlocuteurs britanniques dont l’orthographe était massacrée par la mamma secrétaire téléphoniste.

 Mon amitié avec Bruno remontait à ses débuts en F3 en Angleterre deux ans plus tôt, quand il ralliait le zoning industiel de Bicester, près d’Oxford, où étaient situés les ateliers de MarchEngineering dont il pilotait une 763 officielle dans le BP British F3 Championship, avec sa 2 CV personnelle. Il lui fallait 14 heures pour faire la route Brescia-Bicester, mais à la guerre comme à la guerre ! En 1978, la carrière de Bruno avait évolué et il était devenu pilote professionnel pour March avec BMW Motorsport comme généreux donateur d’une BMW 320i de service. Il avait déjà débuté en Formule 1 sur une Marlboro McLaren et deviendrait bientôt titulaire chez Alfa Romeo dont le retour en F1 se profilait pour 1979.

Avec Bernard Asset, nous étions donc au Mugello pour une course de F2 et nous allions à Vallelunga la semaine suivante. J’étais très pote avec Bruno Giacomelli. Il me dit qu’il va signer chez Alfa, qu’ils ont produit une F1 et qu’elle roulera d’ailleurs pour la première fois le lendemain  Balocco, sur la piste privée du constructeur, avec Vittorio Brambilla ! Évidemment, avec Bernard, on a voulu tenter notre chance… Quand nous sommes arrivés, tout était grillagé. On allait repartir quand on a entendu le bruit du 12 cylindres. 

Là, on a cherché et on a trouvé un ruisseau  nous avons mis les pieds dans l’eau pour se glisser sous le grillage ceinturant la piste et on a commencé la planque, cachés dans des herbes hautes en bordure du circuit. On a entendu puis on a vu l’Alfa F1. La voiture faisait deux tours, s’arrêtait deux heures, mais Bernard a réussi à la prendre en photo. Elle était sombre, brut de carbone. C’était un lundi, jour de bouclage à AUTOhebdo On tenait le scoop avec un grand S !

On a roulé vite jusqu’à l’aéroport de Linate à Milan pour donner les pellicules à un passager ou un membre d’équipage, comme on le faisait à l’époque. J’appelle le rédacteur en chef Étienne Moity pour lui dire qu’on avait un truc énorme. Il me répond : « Van Vliet, c’est pas Paris-Match ici ! » Il n’a pas voulu envoyer un coursier à l’aéroport pour récupérer le film , disant que ce serait pour la semaine suivante. On a eu tellement les boules avec Bernard qu’on a foncé jusqu’à Bologne où était basée la rédaction d’Autosprint et on leur a filé la peloche qui restait. Ils sont sortis deux jours après avec le scoop en couverture. Quelle aventure !

Beau témoignage que l’on peut retrouver dans le magnifique livre de Bernard Asset : “Souvenirs d’Italie”

         

Source: Bernard Asset

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